ADH-Rapport sur “L’Arabie Saoudite: Géopolitique et les droits de l’Homme”

ADH-Rapport sur “L’Arabie Saoudite: Géopolitique et les droits de l’Homme”

ADH-Rapport sur “L’Arabie Saoudite: Géopolitique et les droits de l’Homme”

1. L’histoire de l’Arabie Saoudite
Devenue au fil du temps une puissance de premier plan au Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite se trouve aujourd’hui sur le banc des accusés. Considérée comme le parrain des mouvements terroristes sunnites, la monarchie essuie de nombreuses critiques en raison de sa politique moyen-orientale. Pourtant, cela n’a historiquement pas toujours été le cas. Le royaume saoudien a longtemps été épargné par les critiques en raison de son rôle crucial dans la lutte contre le communisme,  son importance dans la production d’hydrocarbures et ses liens avec la États-Unis. C’est à partir de l’après-guerre froide et des attentats du 11 septembre 2001 entraînent  que les liens de la monarchie avec les réseaux terroristes commencent à poser question. La participation de quinze Saoudiens met en porte-à-faux le pouvoir des Al-Saoud, obligés de rendre des comptes. A l’heure de la montée de l’État islamique (EI), l’occasion est propice pour revenir sur l’histoire de la monarchie saoudienne. Il paraît pertinent de se replonger dans les fondements de l’État qui domine la Péninsule arabique pour mieux appréhender les derniers événements survenus au Moyen-Orient. Pour ce faire, l’Agence des Droits de l’Homme (ADH) souhaite dépasser le stade de la religion comme unique facteur explicatif de la politique d’État prétendument islamique. Tout en reconnaissant le rôle majeur de la religion, le présent rapport aborde le phénomène « Daech »  sous de multiples angles : politique, historique, économique et géopolitique. Il aboutit sur un bilan non exhaustif des violations des droits de l’Homme dont la nature n’est pas sans rappeler le régime de terreur mis en place par l’État islamique  de l’autoproclamé calife Abou Bakr Al Baghdadi.

1.1. L’unification et la consolidation de l’État saoudien
L’histoire de l’Arabie Saoudite débute par une alliance théologico-politique conclue en l’an 1744 entre deux familles : celle de l’émir Muhammad Ibn Saoud et celle du réformateur Muhammad Ibn Abd’ al Wahhab. D’un côté, la famille Saoud s’engage à éradiquer toute forme de pluralité religieuse pour que le wahhabisme devienne religion d’État. En échange, les wahhabites garantissent l’obéissance des fidèles au pouvoir en place. Ce pacte voit désormais le glaive être au service de la propagation de la religion. Deux tentatives d’établir une souveraineté continue sur la Péninsule arabique se révèlent toutefois infructueuses, et il faut attendre la fin du XIXème siècle pour qu’Abdel Aziz s’attèle à la reconquête de la Péninsule. Grâce aux  ikhwans  , sorte de moines-chevaliers contemporains, Abdel Aziz avance rapidement et prend le contrôle des Lieux Saints en 1926. Dès lors, le futur monarque s’efforce de stabiliser les territoires conquis, conscient des enjeux internationaux de l’époque. Il subit surtout des pressions diplomatiques de la part des Britanniques, soucieux de protéger la route des Indes. La consolidation du royaume passe d’abord par la soumission des ikhwans, fer de lance du jihad.  Ces soldats vivent uniquement pour la propagation de la foi musulmane (da’wa) et ne s’arrêteront qu’avec l’avénements d’un État islamique mondial ; ils ne reconnaissent pas les frontières internationales. Pour le roi, le danger est alors intérieur et tient à la nature même d’un régime tiraillé entre fanatisme religieux et réalisme politique . Abdel Azziz redouble d’efforts pour légitimer l’arrêt du jihad. Ils tentent de calmer les ardeurs des ikhwans, lesquels souhaitent continuer de propager la foi musulmane contre les mécréants (kuffar). En 1929, une solution est adoptée suite à un colloque entre les oulémas, les ikhwans et la famille royale. Les principaux docteurs de la loi se rangent aux côtés d’Abdel Aziz et reconnaissent que seul le détenteur de l’autorité politique peut décider de proclamer le jihad contre les infidèles . L’institution religieuse des oulémas dominée par les Al Ahl Sheiks, descandant du réformateur wahhabite, devient un des piliers de l’Arabie Saoudite au même titre que la famille Al-Saoud . Les ikhwans se révoltent et Abdel Aziz les défait militairement en 1929 avec l’appui des Britanniques. Trois ans plus tard, Abdel Aziz proclame l’indépendance de l’Arabie Saoudite et commence à pratiquer une politique de sédentarisation des ikhwans. Ces derniers passent alors d’un mouvement révolutionnaire aspirant à purifier l’islam de toutes déviances religieuses à un mouvement socialement, politiquement et religieusement conservateur …      veuillez télécharger le Rapport complet en PDF

Andrea Gennai  Directeur de groupe de recherche sur le Moyen-Orient

Agence pour les Droits de l’Homme-13 janv. 15