ADH-Rapport sur la situation en Ukraine

ADH-Rapport sur la situation en Ukraine

Agence pour les Droits de l’Homme-13 janv. 15

Introduction

La situation en Ukraine est particulièrement préoccupante depuis bientôt une année. La guerre a succédé au renversement du pouvoir en place et la situation pourrait même déborder au-delà des frontières de l’Ukraine. L’attitude adoptée par les décideurs américains et européens à l’égard de la Russie semble aller dans le sens de l’irresponsabilité.  L’exclusion et la marginalisation de la Russie dans cette affaire pourrait potentiellement mener à une guerre à plus grande échelle. Examinons de plus près l’attitude des dirigeants occidentaux pendant la crise.

Rappel historique:

L’Ukraine, pays peuplé de 45 millions d’habitants, a obtenu l’indépendance de l’URSS le 24 août 1991. Le pays abrite une importante minorité russophone, fortement représentée en Crimée et dans l’est de l’Ukraine .
Au cours des années 2000 le pays avait connu une crise qui n’a toutefois pas débouché sur des affrontements similaires à ceux de la toute dernière crise. La Révolution orange avait éclaté le 21 novembre 2004 suite à la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, favorables à Viktor Ianoukovitch. Ce dernier est issu de la minorité russophone de l’est de l’Ukraine. C’est finalement Viktor Iouchtchenko, aidé par l’Union européenne, qui a pu accéder au pouvoir de 2005 à 2010. Cette révolution a été décrite comme faisant partie d’une lutte d’influence entre Washington et Moscou. Le 7 février 2010, Viktor Ianoukovitch prit sa revanche en remportant l’élection présidentielle de manière régulière .

Chronologie des faits depuis novembre 2013

La crise Ukrainienne de 2013-2014 a véritablement commencé le 21 novembre 2013 lorsque le gouvernement ukrainien, représenté par le président Viktor Ianoukovitch, a décidé de ne pas signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Des manifestations de grande ampleur, principalement dans la capitale Kiev, ont suivi cette décision, provoquant des affrontements sanglants en février 2014 . Le gouvernement Ianoukovitch tombe le 22 février 2014 et un gouvernement de transition se met en place avant les élections du 25 mai 2014. Petro Porochenko endosse la fonction présidentielle à partir du 7 juin 2014. La Russie, dont les intérêts sont menacés par cette nouvelle donne, engage des manœuvres militaires et soutient un référendum d’autodétermination en Crimée qui aboutit à un OUI massif le 16 mars 2014. Suite à la destitution de Viktor Ianoukovitch, la situation s’est également aggravée dans l’est de l’Ukraine à forte population russophone. Des manifestations violentes se déroulent dans plusieurs villes, notamment à Donetsk et à Slaviansk. Des groupes séparatistes pro-russes s’organisent et des affrontements avec les forces gouvernementales ukrainiennes ne cessent de monter en intensité à partir d’avril 2014. La population civile n’est pas épargnée par ces affrontements qui auraient fait plusieurs milliers de morts aussi bien au sein des forces gouvernementales ukrainiennes que des séparatistes pro-russes et des civils pris entre deux feux. Un demi-million de personnes aurait été déplacée.  Le 5 septembre dernier, les autorités de Kiev ont signé à Minsk un accord de cessez-le-feu avec les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk mais il ne semble pas avoir déployé ses effets.

Situation actuelle sur le terrain :
La situation reste très préoccupante dans l’est de l’Ukraine. Les trêves successives sont violées régulièrement par les différents protagonistes et la liste des morts continue de s’alourdir jour après jour. Le secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’ONU, Jens Andres Toyberg-Frandzen, a mis en garde le Conseil de sécurité à l’ouverture, mardi 12 novembre 2014 à New York, d’une réunion sur la situation et a même évoqué son inquiétude par rapport à un possible retour à une guerre totale en Ukraine.
La situation au-delà des frontières ukrainienne est également tendue. Quarante incidents dangereux se sont produits ces derniers mois entre la Russie et l’Otan, essentiellement dans les airs, dont trois auraient pu déboucher sur un conflit armé ou faire des victimes, selon le rapport du centre European Leadership Initiative (ELN)
Raisons du commencement de la crise
Comme nous l’avons évoqué auparavant, le point de départ de la crise est à chercher dans le refus par le dirigeant Viktor Ianoukovitch de  signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Dès lors que l’Ukraine prend ses distances avec l’Union européenne, tout va être fait pour déstabiliser le pays en attisant la frustration populaire alimentée par la situation économique du pays. La corruption a joué un rôle non négligeable dans le mouvement de révolte ainsi que le souligne l’économiste Jacques Sapir : « Au début de l’automne 2013, il s’agissait surtout d’un mouvement de révolte contre la corruption. Depuis une quinzaine d’années, l’Ukraine vit sous un régime de corruption endémique, quel qu’ait été le parti au pouvoir. Il est cependant clair qu’avec Yanoukovitch, la corruption avait atteint des sommets jamais égalés. Au début de l’hiver, le mouvement connaît une première inflexion. La revendication d’une possible « adhésion » à l’UE émerge, de même qu’un sentiment nationaliste. »
Cependant, très vite le mouvement de contestation a été récupéré par des éléments d’extrême-droite :
« Très vite, des ultra-nationalistes font main basse sur le mouvement de contestation, alliés à des gens qui se faisaient, parfois naïvement, parfois non, des illusions sur une entrée rapide dans l’Union européenne. La tension est alors montée rapidement. Dans les dix jours qui précèdent l’accord du 21 février, on a assisté à un basculement dans la violence du mouvement de contestation qui conduit à un véritable coup d’Etat d’extrême-droite. Il est ainsi aujourd’hui établi que c’est cette extrême-droite qui est la principale responsable des fusillades et des morts sur la place Maïdan.»
Il faut ajouter à cela enfin l’ingérence étrangère qui s’est montrée encore plus intrusive que lors de la précédente crise lors de la Révolution Orange de 2004-2005 :
« L’ingérence de groupes étrangers est prouvée. Ainsi, Georges Soros s’en est-il même vanté et l’entrainement paramilitaire de militants néo-nazis ukrainiens en Pologne par des groupes polonais proches a été dévoilé par un journal polonais de gauche. Mais il y a aussi eu un soutien, implicite ou explicite et actif de la part d’Etat de l’Union européenne et des USA. On peut penser qu’il s’agissait plus de maladresse et d’aveuglement plutôt que d’un dessein, mais cela a conduit à une fuite en avant incontrôlée. »

Prises de positions des dirigeants européens sur la Russie :

Plusieurs épisodes sur la scène internationale indiquent que les dirigeants occidentaux se sont livrés à des attaques frontales envers la Russie et qu’ils ne cherchent pas à apaiser la situation en Ukraine mais plutôt à l’envenimer. La virulence des propos envers le pouvoir russe atteint un niveau inégalé depuis la fin de la Guerre froide.

Crash du vol MH-17

Le 17 juillet dernier, un avion de la Malaysian Airline s’est écrasé au dessus de l’Ukraine, provoquant la mort de 298 personnes et une émotion considérable en Europe, particulièrement aux Pays-Bas dont sont issus une majorité des victimes. Il n’a pu être établi de façon claire qui était le responsable de cette tragédie. Malgré ces doutes, les responsables occidentaux, américains en tête ont accusé très rapidement la Russie d’être à l’origine du crash. Le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a laissé entendre que Vladimir Poutine était « coupable » . D’autres sources pointent du doigt la responsabilité du gouvernement ukrainien et affirment qu’il aurait été abattu par un avion de chasse ukrainien . En tous les cas, il est difficile de prendre pour argent comptant les allégations des Etats-Unis. Tout le monde peut se remémorer le mensonge du secrétaire d’Etat américain Colin Powell devant l’Onu à propos de prétendues armes de destruction massives irakiennes . Quoi qu’il en soit, cette tragédie a servi de prétexte à de nouvelles sanctions contre la Fédération de Russie.

Contrat du Mistral

Paris et Moscou avaient conclu un contrat d’armement en 2011 sous la présidence Sarkozy qui prévoyait la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie pour un montant d’1,2 milliards d’euros . Or, le gouvernement français actuel invoque le prétexte des tensions persistantes en Ukraine pour ne pas honorer sa commande. Le chef d’Etat français François Hollande a même déclaré en juillet 2014 que « la livraison de l’armement dépendra de l’attitude de Moscou », quant au dirigeant britannique, David Cameron, il se permet de surenchérir sur cette affaire en estimant qu’il « serait impensable d’honorer une commande comme celle que la France a reçue.» En juin le président américain Barack Obama s’était déjà ému de ces livraisons, jugeant qu’ « il “aurait été préférable” que la France suspende la vente de ces porte-hélicoptères… »  Le fait de lier un contrat d’armement à la situation en Ukraine démontre que les dirigeants occidentaux cherchent à humilier la Russie et à la ranger dans la catégorie des Etats les plus parias. La France invoque le prétexte de la démocratisation en Ukraine pour sa livraison d’armements à destination mais d’un autre côté ne se prive pas d’honorer des méga-contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite qui ne se distingue pas particulièrement dans son respect des droits humains .

L’influence de George Soros

Le financier milliardaire américain d’origine hongroise, George Soros déclare en mai 2014 sur CNN avoir joué un rôle dans le renversement de la situation en Ukraine . En effet, l’international Renaissance Foundation, née en 1990 en Ukraine et financée par Soros, a pris une part importante dans les événements d’Euromaïdan entre l’automne 2013 et le printemps 2014. Les dirigeants américains et européens ne remettent jamais en cause de rôle de Soros dans la déstabilisation de l’Ukraine et de la Russie. On peut même soupçonner qu’ils agissent en parfaite concertation  pour déstabiliser la Russie.

Sommet du G20

Lors du dernier sommet du G20 en Australie, le 15 novembre dernier, le dirigeant russe Vladimir Poutine a dû faire face à l’hostilité concertée des dirigeants occidentaux. Ainsi le président américain Barack Obama a déclaré « s’opposer à l’agression russe contre l’Ukraine, qui représente une menace pour le monde ». David Cameron, le premier ministre britannique a renchéri en décrivant la Russie comme « un grand Etat agressant de plus petits Etats en Europe ». La chancelière allemande Angela Merkel a quant à elle annoncé que l’Union européenne  envisageait d’infliger de nouvelles sanctions financières à des personnalités russes. Cette rhétorique guerrière et concertée semble indiquer une volonté de la part des dirigeants occidentaux d’humilier la Russie et de la pousser à l’affrontement.

Guerre en Syrie
En septembre 2013, les puissances occidentales, Washington et Paris en tête,  semblaient prêtes à intervenir militairement contre le gouvernement syrien de Bachar-el-Assad sous le prétexte d’utilisation d’armes chimiques. Vladimir Poutine a exprimé sa vive opposition à cette intervention qui aurait certainement eu des conséquences encore plus catastrophiques pour la Syrie qu’à l’heure actuelle. La diplomatie russe avait réussi à trouver une solution à la crise en proposant à Damas de placer sous contrôle international son arsenal chimique avant de le détruire .  On peut légitimement soupçonner les puissances occidentales d’avoir contribué à la déstabilisation de l’Ukraine, survenue quelques mois après l’échec d’intervention occidentale en Syrie, dans le but de faire payer à la Russie sa victoire sur le plan diplomatique au Proche-Orient.

Conclusion

La guerre civile qui déchire l’Ukraine ne semble pas prête de se terminer, malgré la tentative de cessez-le-feu du 5 septembre dernier. L’attitude des décideurs américains et européens illustre une volonté d’écarter la Russie du jeu, notamment à l’aide de sanctions et d’accusations lourdes et souvent infondées envers Moscou. La Russie étant une puissance militaire et nucléaire de grande importance, il suffirait d’une étincelle pour déclencher une guerre à grande échelle avec les pays de l’Otan. L’attitude hostile des dirigeants occidentaux est irresponsable et en porte-à-faux avec une volonté d’apporter au peuple ukrainien la stabilité qu’il a connue au cours de nombreuses décennies.

Agence pour les Droits de l’Homme-13 janv. 15

Auteur Alimuddin Usmani